Pollution par les pesticides : l'enjeu de préserver notre eau potable dès aujourd'hui
Par jeunessepourleau · 28 mai 2026

Une concertation record pour le SAGE Vilaine qui fait débat
3 724 contributions pour le SAGE Vilaine. Jamais autant de personnes n'avaient participé à une concertation menée pour un Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE).
Le SAGE est un document qui vise, à l'issue d'une concertation, à établir des objectifs et des règles contraignantes pour améliorer la qualité de l'eau et la gestion de sa quantité sur un bassin versant. Le plus grand SAGE de France, le SAGE Vilaine, s'étend sur 508 communes (Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Morbihan, Côtes-d'Armor, Mayenne, Maine-et-Loire) et est en phase de révision depuis septembre 2025.
Cette révision cristallise les tensions depuis que le SAGE a annoncé vouloir adopter une règle visant à interdire les herbicides de maïs sur les parcelles en forte pente près des points de prélèvement d'eau potable. La mesure a été vivement contestée par la profession agricole : les agriculteurs ont boycotté les discussions et bloqué une réunion du SAGE.
Dans un contexte de revendications déjà fortes du monde agricole, le gouvernement a annoncé le 13 janvier un moratoire immédiat sur la politique de l'eau, mettant à l'arrêt toutes les décisions liées à l'eau jusqu'au salon de l'Agriculture. Conséquence : l'adoption du SAGE Vilaine est entravée.

Qu'est-ce qu'un Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux ?
Le SAGE est un document de planification qui vise, à l'issue d'une concertation, à établir à long terme des objectifs et des règles contraignantes pour protéger les ressources en eau aussi bien sur le plan qualitatif que quantitatif et les écosystèmes aquatiques. Ces règles sont définies sur un territoire appelé bassin versant, un territoire qui concourt à l'alimentation d'un cours d'eau.
Protéger la qualité de l'eau en France
Un débat breton qui n'est pourtant pas isolé. En 2023, l'Anses a montré que des métabolites du chlorothalonil, pesticide interdit en 2019 pour ses risques cancérigènes, étaient détectés dans plus de la moitié des eaux destinées à la consommation. Dans certains départements, plus de 80 % des unités de distribution d'eau potable sont concernées par un dépassement des limites de qualité pour les pesticides.
En France, sur la période 1980-2024, plus de 14 000 captages ont été fermés : 32 % à cause de la dégradation de la qualité de l'eau, dont plus de 1 800 pour leur teneur trop élevée en pesticides, soit environ 40 captages par an.
Les pollutions diffuses d'origine agricole
Contrairement à une pollution ponctuelle (ex. rejet d'une usine), la pollution diffuse provient de l'ensemble des parcelles agricoles d'un territoire. Elle résulte principalement :
- des engrais azotés et phosphatés
- des produits phytosanitaires (pesticides et herbicides)
- des effluents d'élevage
- de l'érosion des sols
Ces substances sont entraînées par le ruissellement vers les rivières et s'infiltrent dans les nappes, dégradant la qualité de l'eau et des milieux aquatiques.
Penser à l'avenir
Le Parlement Français des Jeunes pour l'Eau, en tant que porte-voix de la jeunesse sur la politique de l'eau, est inquiet par la situation de dégradation de la qualité des cours d'eau et des nappes phréatiques. Pour qu'une nappe polluée retrouve une qualité satisfaisante, il pourrait falloir entre 10 et 20 ans sans pollution supplémentaire. Il semble déraisonnable de remettre à plus tard ce sujet majeur de santé publique.
Les solutions curatives, construire des usines de potabilisation, ne sont économiquement viables que ponctuellement, en plus d'être très énergivores et de n'être efficaces que pour les molécules connues aujourd'hui. La prudence plaide avant tout pour des mesures préventives, et pour l'accompagnement des acteurs économiques dans la transition écologique de leur secteur.
Publication initialement parue sur jeunessepoureau.com.
